Source : Thien Vu Mac, MD, FRCS(C)

Médecine Sport – 27 février 2002

Pages 9 et 10

 

 

 

LES ORTHÈSES DE CHEVILLE

 

Au milieu des années 1970, avec le développement de nouveaux matériaux textiles et de thermoplastiques, d’innombrables types d’orthèses ont vu le jour. Outre le genou, la cheville a particulièrement retenu l’attention des orthésistes. Devant cette panoplie d’orthèses, il est facile de s’y perdre. Est-ce que toutes ces chevillières s’équivalent? Quelle est la meilleure? Et s’il y en a une, est-elle bonne pour tous les cas? Quels sont justement ces cas auxquels on devrait en prescrire une?

 

Le rôle d’un système de support externe de la cheville est de prévenir une blessure aiguë en restreignant l’amplitude articulaire. Mais lorsque la chevillière devient trop contraignante, elle nuit à la performance sportive, ce qui ne fait pas le bonheur des athlètes. Pour prévenir les entorses, la chevillière devrait, idéalement, restreindre les mouvements dans le plan coronal (inversion / éversion) sans toutefois les diminuer dans le plan sagittal (dorsiflexion / flexion plantaire).

 

La chevillière n’a pas seulement un rôle prophylactique. Depuis les années 1980, la littérature médicale prône le traitement des entorses de la cheville de grade I ou II par, entre autres, une mobilisation fonctionnelle précoce, d’où l’usage des chevillières dans cette pathologie. Il est bon de se rappeler que la simple entorse de cheville est la blessure sportive la plus commune et que c’est une des raisons de consultation les plus fréquentes à l’urgence. Le principal mécanisme de cette blessure est une planti-flexion et inversion forcées du pied excédant les amplitudes physiologiques.

 

La rigidité

 

On peut diviser les chevillières en trois catégories selon leur rigidité : élastique, souple et semi-rigide.

 

La chevillière élastique, fabriquée en différents textiles élastiques, n’est en fait qu’un simple manchon élastique prenant la forme de la cheville. Elle n’apporte que très peu de support. Elle procure surtout un peu de chaleur et améliore la proprioception, ce qui donne une certaine sensation de stabilité.

 

La chevillière souple, de type ASO ou SWEDE-O, pour ne nommer que celles-là car il en existe plusieurs variantes, est fabriquée en tissu non élastique. Elle s’ajuste par des lacets et/ou des bandes velcro. Leur rigidité dans le plan coronal peut être augmentée en y insérant des baleines métalliques ou en plastique. Elle offre une restriction significative de l’inversion et de l’éversion de la cheville mais diminue aussi, de façon moins marquée, la dorsiflexion et la flexion plantaire. De plus, la chevillière souple a le désavantage de se desserrer durant les activités physiques, ce qui diminue son efficacité avec la progression de l’activité.

 

La chevillière semi-rigide, de type Aircast Air-Stirrup ou Active Ankle par exemple, est constituée de deux languette en thermo-plastique cousinées par des cellules d’air ou de mousse et ces deux languettes sont reliées par une charnière en U qui passe sous le pied. Elle offre une bonne stabilité dans le plan coronal mais permet un mouvement complet dans le plan sagittal. Contrairement à ce que son nom suggère, elle est moins contraignante que le taping ou l’orthèse souple dans le plan sagittal, qui est le plan de mouvement le plus utile physiologiquement, mais par contre plus stable dans le plan coronal. Des études biomécaniques ont montré que les orthèses semi-rigides ne nuisent pas la fonction de la cheville dans les mouvements de saut, réception de saut ou de course. De surcroît, elle ne s’étire pas durant les activités sportives, maintenant ainsi son effet restrictif de façon constante, contrairement au taping ou à l’orthèse souple.

 

On peut utiliser les orthèses souples ou semi-rigides pour le traitement des entorses de la cheville de grade I et II. Par contre, les entorses de grade III nécessitent une immobilisation plâtrée. Les orthèses semi-rigides ont l’avantage, par rapport aux orthèses souples, d’offrir une meilleure compression de la cheville, diminuant ainsi l’œdème en phase aiguë. De plus, elles n’affectent pas la performance physique lors de la reprise des activités car elles permettent des amplitudes complètes en dorsiflexion et flexion plantaire de la cheville. Il est recommandé de garder l’orthèse au moins six mois pour la pratique des sports à risque, tels que le soccer, le basket-ball, le volley-ball, le football, etc.

 

Je traite les entorses de la cheville de grade I ou II avec l’application de glace, la surélévation et une orthèse semi-rigide. Les entorses de grade II chez des patients non compliants ou de grade III sont traitées avec une botte de marche plâtrée. En réalité, je préfère immobiliser avec un plâtre aussi les patients avec une entorse de grade II qui n’ont pas les moyens de payer une orthèse qui vaut quand même une centaine de dollars. Ainsi qu’en prophylaxie, pour les patients qui n’ont pas les ressources financières nécessaires et qu’une diminution de la dorsiflexion ou de la flexion plantaire ne dérange pas, la chevillière souple est une très bonne alternative pour diminuer les risques de récidive. On conseille à tous les patients de porter leur orthèse souple ou semi-rigide pour les activités sportives ou pour la marche en terrain inégal. Cependant, le plus important est de leur enseigner un programme d’exercices de proprioception et de renforcements des péronéens. Ou de les référer en physiothérapie.

 

On peut aussi utiliser la chevillière semi-rigide dans d’autres cas où l’on voudrait diminuer les mouvements douloureux dans le plan coronal : douleur post-fracture du calcanéum, arthrose sous-astragalienne, fracture de la base du 5e métatarse en voie de consolidation mais encore douloureuse, etc.

 

Cependant, la chevillière souple peut devenir plus intéressante lorsqu’on veut diminuer de façon limitée les mouvements de la cheville dans tous les plans. Par exemple, dans les cas de douleur plus chronique de la cheville : arthrose de la cheville, douleur séquellaire post-entorse, tendinite, synovite, etc.

 

La botte de marche amovible est une orthèse rigide de la cheville qui ressemble un peu à une botte de ski. Elle est comme un plâtre de marche mais qui a l’avantage, ou le désavantage dans certains cas, d’être amovible. Chez les patients très fiables présentant certaines fractures stables du pied ou de la cheville, la botte amovible peut être envisagée. Le seul hic est que son prix avoisine celui de la botte de ski.

 

En conclusion

 

En résumé, il y a peu d’indication de prescrire les chevillières élastiques. Elles peuvent être utilisées en phase aiguë de l’entorse de grade I, mais son rôle prophylactique lors de la reprise des activités est très limité. Les chevillières semi-rigides offrent plus souples pour le traitement des entorses légères à modérées de la cheville, mais les deux peuvent être utilisées. Il est donc important de connaître leurs caractéristiques pour bien adapter le traitement aux besoins du patient. Et il est primordial de bien réhabiliter la cheville avant de reprendre les sports et par la suite de faire porter en prophylaxie une chevillière pour diminuer les récidives dans les sports à risque.

LES ORTHÈSES DE CHEVILLE