Source : Le Médecin du Québec, volume 42, numéro 7, juillet 2007

Pages 19 et 20

 

 

ARTHROSE DE LA HANCHE

RESURFAÇAGE OU REMPLACEMENT DE LA HANCHE?

 

L’éventail des techniques pour traiter l’arthrose de la hanche s’élargit. Le resurfaçage de la hanche, une nouvelle méthode dans laquelle la tête du fémur est recouverte d’une coque métallique plutôt que remplacée, s’est révélé efficace à moyen terme. Une équipe de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont vient de montrer que l’implant utilisé, la prothèse Durom, s’userait peu une fois en place[1]. «Peu importe le niveau d’activité des patients, qu’ils soient des marathoniens ou des sédentaires, il n’y a pas de différence dans le taux d’ions métalliques produits par l’utilisation de la prothèse. Les personnes les plus actives ne risquent donc pas d’user prématurément leur implant», explique l’un des chercheurs, le Dr Pascal-André Vendittoli. Le chirurgien orthopédiste, qui a étudié un an le resurfaçage de la hanche en Australie, a introduit la prothèse Durom en Amérique du Nord en 2003 dans le cadre d’un projet de recherche, avec la collaboration de ses collègues, les Drs Martin Lavigne et Alain Roy.

 

Une prothèse pour les patients jeunes et actifs

 

Le resurfaçage est destiné aux patients jeunes et invalidés par la dégénérescence articulaire de la hanche. Chez eux, les spécialistes sont réticents à poser une prothèse totale de la hanche. Cette intervention, où la tête du fémur est sectionnée, rend l’installation ultérieure d’un second implant plus complexe et moins sûre. Or, chez ces patients jeunes, les prothèses totales de la hanche durent souvent moins de 15 ans, à cause d’une usure prématurée des surfaces de frottement. «Le principal avantage du resurfaçage est de préserver l’os fémoral proximal», précise le Dr Vendittoli. La tête du fémur, dont la partie abîmée est enlevée, est simplement recouverte d’une prothèse ronde en alliage de chrome et de cobalt. La nouvelle structure peut ensuite s’articuler avec une cupule de métal placée dans l’acétabulum. La prothèse de resurfaçage, faite uniquement de métal, s’use en outre moins que la prothèse totale, cette dernière comporte un élément en polyéthylène, la cupule fixée dans le bassin, qui entre en contact avec une partie métallique, une sphère remplaçant la tête de l’os montée sur une tige insérée dans le fémur. La tête fémorale, plus petite que la normale, présente d’ailleurs l’inconvénient de causer des luxations.

 

La prothèse de resurfaçage, à l’opposé, permet au patient d’effectuer, sans risque de dislocation, tous les mouvements : se croiser les jambes, se lever et se coucher normalement et dormir d’un côté ou de l’autre. «Un policier, un plombier ou un garagiste qui a subi un resurfaçage peut poursuivre ses activités professionnelles comme avant. Il peut s’accroupir et se mettre à genou, des mouvements qui seraient contre-indiqués avec une prothèse standard», indique le chirurgien orthopédique.

 

Le Dr Vendittoli et ses collègues ont d’ailleurs observé que 96% d’un groupe de 27 travailleurs sur qui ils avaient effectué un resurfaçage avaient repris leurs activités professionnelles habituelles au bout d’un an, ce qui n’avait été le cas que de 66% des 21 qui avaient eu un remplacement total de la hanche (P=0,02)[2]. «Un tiers de ces derniers avaient ainsi dû modifier leur travail à cause des restrictions liées à l’implant.» L’étude, comparant les deux techniques, portait de manière plus globale sur 194 sujets de moins de 65 ans.

 

Maintenant, les chercheurs québécois viennent de montrer l’innocuité de la prothèse Durom qu’ils utilisent. Elle s’use peu et relâche peu d’ions métalliques. Au bout d’un an, le taux sanguin d’ion de chrome des 64 patients qui avaient subi un resurfaçage de la hanche était de 1,61 mg/l, ce qui était 1,8 fois plus élevé que le taux préopératoire. Leur taux de cobalt atteignait 0,67 mg/l, ce qui constituait 4,5 fois leur taux initial. «Ce sont des valeurs nettement inférieures à celles qui sont acceptées dans l’industrie. Chez les travailleurs exposés aux métaux, le taux ne doit pas dépasser de 15 à 20 fois la normale», précise le chercheur.

 

La nouvelle prothèse coûte cependant cher : entre 5000$ et 6000$, soit le double d’une prothèse standard en métal et en polyéthylène. En plus de ses nombreux avantages, le resurfaçage permet aussi de réduire la durée de l’hospitalisation. Alors que le remplacement total de la hanche nécessite un séjour de six jours en moyenne, la nouvelle technique le réduit à quelque 3,5 jours. La raison? L’implant Durom, qui rend l’articulation plus stable que la prothèse totale, permet aux patients de quitter l’hôpital plus rapidement.

 

Plusieurs options pour les patients de moins de 70 ans

 

Le resurfaçage de la hanche peut être effectué chez les hommes jusqu’à 60 ans et chez les femmes, à cause du risque d’ostéopénie lié à la ménopause, jusqu’à 50 à 55 ans. En plus de posséder des os sains, les candidats doivent avoir une hanche dont l’anatomie est normale, une bonne fonction rénale pour éliminer les ions métalliques et ne pas être allergique aux métaux.

 

«Avec les données que nous avons, nous sommes davantage en mesure d’affirmer que ces implants sont sûrs. L’utilisation du resurfaçage n’est donc plus tout à fait expérimentale et pourrait faire partie du traitement clinique ordinaire», estime le Dr Vendittoli.

 

Les données sur la libération des ions métalliques montrent également l’innocuité d’autres nouveaux implants : les prothèses totales en métal de la hanche. Avec leur tête de grand diamètre, comme celle des implants de resurfaçage, elles ne causent pas, elles non plus, de luxations. Elles constituent une option intéressante pour les patients de 50 à 70 ans dont la qualité osseuse peut être moins bonne. «On a donc maintenant un éventail de traitements beaucoup plus performants pour les patients de moins de 70 ans», conclut le Dr Vendittoli.

 

L’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, où le Dr Vendittoli pratique avec ses collègues, les Drs Roy et Lavigne, est maintenant un centre reconnu internationalement pour le resurfaçage de la hanche. Des chirurgiens des Etats-Unis et du reste du Canada viennent y apprendre la nouvelle technique.

 


[1] Vendittoli PA, Mottard S, Roy AG et coll. Chromium and cobalt ion release following the Durom high carbon content, forged metal-on-metal surface replacement of the hip. J Bone Joint Surg Br 2007; 89 (4): 441-8.

[2] Vendittoli PA, Lavigne M, Roy AG et coll. A prospective randomized clinical trial comparing metal-on-metal total hip arthro-plasty and metal-on-metal total hip resurfacing in patients less than 65 years old. Hip International 2006; 16 (suppl 4): S73-81.

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