Source : Jacques Toueg, MDë

Médecine Sport, 27 février 2002

Pages 12 et 13

 

Le plâtre de cheville ou de pied

C

 

haque jour, dans les cliniques médicales et les hôpitaux, des plâtres sont appliqués. En plus d’expliquer la pathologie (fracture ou entorse) au patient, il faut prendre le temps de lui donner des conseils concernant le plâtre qui l’accompagnera pendant quelques semaines. Les soins d’un plâtre sont importants car ce dernier peut causer des blessures ou devenir inadéquat si le patient ne respecte pas certains principes. Dans cet article, nous traiterons des plâtres de la cheville et du pied. Les concepts de base conviennent également pour tous les plâtres.

 

Le but d’un plâtre

 

Le plâtre sert à immobiliser une fracture ou une articulation afin de permettre une guérison adéquate. Dans les cas de fracture des os longs, il doit généralement immobiliser l’articulation proximale et distale. Dans les fractures de la cheville ou du pied, si la fracture est stable, une botte de marche (plâtre avec un talon) sera employée. Si la fracture est instable, alors une botte plâtrée sera de mise. Dans les cas où l’œdème est important initialement, une attelle plâtrée est préférable pour les premiers jours afin de ne pas créer d’effet garrot.

 

Les types de matériaux

 

Le matériau le plus courant est le plâtre de Paris car il est peu coûteux. De la ouate ou une tubulure de coton s’interposent entre la peau et le plâtre. Afin que le plâtre conserve ses propriétés, on ne doit pas l’exposer à l’eau ou à l’humidité. Même si après cinq minutes environ il semble rigide, il n’atteindra sa rigidité maximale qu’après 48 heures. C’est ce qui explique pourquoi on ne doit pas permettre la mise en charge sur une botte de marche avant deux jours. Une exposition importante à la chaleur ou à l’humidité peut entraîner des démangeaisons cutanées, particulièrement si on utilise de la ouate.

 

Les immobilisations en fibre de verre deviennent de plus en plus en vogue. Elles sont plus onéreuses (souvent au frais du patient) mais moins lourdes. De plus, si une membrane imperméable est appliquée au lieu d’une tubulure de coton, l’immobilisation sera imperméable et il sera possible pour le patient de prendre son bain ou sa douche sans protection. Les extrémités de la fibre doivent être bien protégées afin d’éviter des coupures ou des points de pression sur la peau. De plus, on permet la mise en charge sur ce type d’immobilisation une heure après la pose.

 

 

Les soins de base

 

      Il faut garder le plâtre propre et sec.

      Il est possible de prendre un bain en gardant le membre plâtré à l’extérieur du bain.

      Évitez les douches car l’humidité amollit le plâtre, même si un sac de plastique l’isole. On peut louer des gaines plastifiées qui isolent le plâtre de façon très étanche; elles sont pratiques et recommandables.

      Si le temps est pluvieux et que vous devez sortir, isolez le plâtre avec un sac de plastique et enlevez le sac dès que c’est possible.

      Évitez de teindre ou de peinturer la surface, vous pouvez écrire dessus avec un crayon à mine ou à l’encre.

      Il ne faut pas insérer ou glisser des objets à l’intérieur pour se gratter.

 

Les recommandations d’usage

 

      Il est normal de sentir le plâtre plus lâche après quelques jours, car l’œdème diminue et la ouate se compacte.

      Si le plâtre semble serré (surtout le soir), élevez le membre afin de favoriser la circulation.

      Planifiez des périodes de repos durant la journée en gardant élevé le membre plâtré.

      Il faut bouger les orteils du membre plâtré toutes les heures afin de favoriser une bonne circulation.

      Il ne faut pas porter de bagues au niveau du membre plâtré car l’enflure pourrait entraîner une mauvaise circulation.

      Il ne faut pas marcher dans le sable avec un plâtre; il peut pénétrer et causer de l’irritation cutanée.

      Il faut éviter de marcher dans le gazon; l’humidité pénètre et le plâtre amollit.

      Il ne faut pas pratiquer de sport ou d’activités à risque.

      La conduite automobile n’est pas permise sauf si le membre inférieur gauche est plâtré et que vous conduisez un véhicule à transmission automatique.

      Lorsqu’on retire le plâtre, la peau est sèche. Il est alors recommandé de bien laver la peau et d’appliquer une crème hydratante. La peau retrouvera son apparence normale après trois à cinq jours.

 

Les complications

 

      Si une douleur au mollet du membre immobilisé devient persistante, la présence d’une phlébite doit être éliminée. On doit alors retirer le plâtre, examiner le patient et procéder si indiqué à une échographie ou une phlébographie.

      Si les orteils deviennent très engourdis ou gonflés, il faut relâcher le plâtre ou l’enlever car il est trop serré (des plaies de pression peuvent apparaître).

      Le plâtre doit être remplacé s’il se brise, blesse le patient, devient mou, trop lâche ou serré.

 

Plusieurs centres fournissent aux patients une brochure qui contient tous ces conseils. En terminant, n’oubliez pas que le plus difficile n’est pas de faire un plâtre mais bien de le porter !

 


ë Chirurgien orthopédiste, hôpital Cité de la santé de Laval

LE PLÂTRE DE CHEVILLE OU DE PIED