L’Actualité Médicale, page 34

Actualités cliniques, par GeorgesCostan, Ph. D., et Joe McAllister

Le 25 mai 2011

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Le sulfate de chondroïtine dans le traitement de l’arthrose du genou : une étude par IRM

 

 

UNE NOUVELLE ÉTUDE UTILISANT L’IMAGERIE PAR RÉSONNANCE MAGNÉTIQUE QUANTITATIVE (IRMQ) CONRIME QUE LE SULFATE DE CHONDROÏTINE (SC), DE GRADE PHARMACEUTIQUE, RALENTIT LA PROGRESSION DE L’ARTHROSE DU GENOU (WILDI LM ETCOLL. ANN. RHEUM. DIS. 2011 ; DOI : 10.1136/ARD.2010.140848). PLUS SPÉCIFIQUEMENT, CETTE ÉTUDE MONTRE, APRÈS SIX MOIS DE TRAITEMENT SEULEMENT, QUE LES PATIENTS PRÉSENTENT UNE RÉDUCTION SIGNIFICATIVE DE LA PERTE DE CARTILAGE ARTICULAIRE, DE MÊME QU’UNE DIMINUTION IMPORTANTE DE LA PROGRESSION DES LÉSIONS DE L’OS SOUS-CHONDRAL, APRÈS UN AN DE TRAITEMENT.

      POUR NOUS EN PARLER, NOUS AVONS JOINT LE DR JEAN-PIERRE PELLETIER, QUI A DIRIGÉ L’ÉTUDE. CELUI-CI EST RHUMATOLOGUE, DIRECTEUR DE L’UNITÉ DE RECHERCHE EN ARTHROSE AU CENTRE DE RECHERCHE DE L’HÔPITAL UNIVERSITAIRE DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL ET PROFESSEUR TITULAIRE À LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL.

 

      Les auteurs rappellent que l’arthrose est une maladie qui affecte un pourcentage élevé de la population âgée. Seuls quelques médicaments se sont révélés, lors d’essais cliniques, susceptibles d’influer favorablement sur l’évolution de l’arthrose. Parmi ceux-ci figurent le sulfate de chondroïtine, la glucosamine, la diacéine, la doxycycline et la licofelone. A une exception près (étude licofelone), ces études ont utilisé la radiographie conventionnelle, laquelle ne permet qu’une évaluation indirecte du cartilage. Or, les avancées récentes dans la technologie IMR permettent aujourd’hui de quantifier et d’évaluer de façon fiable l’épaisseur et le volume du cartilage, ainsi que tout autre changement structurel de l’articulation au niveau de l’os sous-chondral, des ménisques et de la membrane synoviale.

 

      Plusieurs études ont montré que le SC peut, dans les tissus articulaires, modifier le processus de mort cellulaire des chondrocytes, améliorer la balance anabolique/catabolique de la matrice cartilagineuse extracellulaire, diminuer la synthèse des facteurs proinflammatoires et cataboliques, et réduire les propriétés de résorption des ostéoblastes de l’os sous-chondral 9voir pas exemple Martel-Pelletier J. et coll. Osteoarthr Cartil. 2010; 18 (Suppl. 1): S7-11; Mondort J. et coll. Ann. Rheum. Dis. 2008 ; 67 : 735-40). L’objectif de la présente étude IRM était essentiellement de documenter et d’élargir les connaissances par rapport aux résultats obtenus avec les rayons X lors d’essais antérieurs concernant l’effet protecteur du SC sur le cartilage. Aussi, d’évaluer l’effet du traitement sur les lésions de l’os sous-chondral ainsi que la gravité de la synovite.

 

 

Méthodologie et résultats en bref

 

Cette étude multicentrique, randomisée, à double insu et contrôlée par placebo, a été menée auprès de 69 patients souffrant d’arthrose du genou avec signes cliniques de synovite, grâce à la collaboration de nombreux médecins chercheurs du Québec. Les patients ont été répartis aléatoirement pour recevoir le traitement par le sulfate de chondroïtine (groupe SC ; n=35) à raison de 800 mg par jour (deux comprimés de 400 mg de grade pharmaceutique, Condrosan, CS Bio-Active ; Bioibérica S.A., Barcelone, Espagne) ou le placebo (n=34), pour une période de six mois (phase à double insu) suivi d’une période de six mois supplémentaires de traitement par SC pour les deux groupes (phase ouverte). Les patients du groupe SC étaient âgés en moyenne de 59,7 +/- 9,4 ans. Quant à ceux du groupe placebo, ils étaient âgés de 64,9 +/- 9,5 ans (p = 0,025). En raison de cette différence, les résultats ont été ajustés lorsque nécessaire. Le volume du cartilage, la gravité des lésions de l’os sous-chondral et l’épaisseur de la membrane synoviale ont été évalués par IRM au départ de l’étude, à 6 et à12 mois.

      Les résultats ont montré une diminution significative de la perte du volume de cartilage à six mois dans le groupe SC par rapport au groupe placebo pour l’ensemble du genou (p = 0,030) et certains de ses composantes : compartiment latéral (p = 0,015), plateau tibial (p = 0,002) ; valeurs significatives qui persistaient à 12 mois. De plus, les scores pour les lésions de l’os sous-chondral ont aussi été significativement plus faibles dans le groupe SC à 12 mois pour le compartiment latéral (p = 0,035) et le condyle fémoral latéral (p = 0,044). Ne réduction significative de l’épaisseur de la synoviale et de l’incidence des gonflements articulaires a également été observée chez les patients traités par SC et anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).

 

 

Éléments de discussion et commentaires

 

Cette étude est la première à fournir des preuves objecteur du SC chez les patients souffrant d’arthrose du genou, et ce, après seulement six mois de traitement. De plus, elle apporte de nouvelles informations quant à l’effet du SC sur les autres modifications structurelles articulaires observées dans cette pathologie.

 

      Le Dr Pelletier explique « qu’avec l’IRM on peut visualiser les différents tissus et structures de l’articulation, c’est-à-dire le cartilage, la membrane synoviale, les os, etc. On a ainsi pu démontrer que le SC peut ralentir la progression de l’Arthrose, sans pour autant la guérir. La guérison implique la régression de toutes les lésions liées à l’Arthrose, et de n’est pas le cas »

 

      « Des études, dont trois majeures avec utilisation de la radiographie, ont déjà été menées auprès de patients souffrant d’arthrose du genou. Elles ont démontré de façon indirecte les bienfaits du sulfate de chondroïtine sur le cartilage, aujourd’hui, les méthodes d’imagerie beaucoup plus sophistiquées, comme l’IRM, prennent le dessus sur celles qui, bien qu’encore utiles, datent déjà. »

 

 

       « Après six mois de traitement, on a pu noter une grande différence entre les deux groupes, placebo versus SC. Le Dr Pelletier souligne ici que les patients du groupe SC ont été traités par de la chondroïtine de grade pharmaceutique, c’est-à-dire ultrapure, produite dans les mêmes conditions que les médicaments ; un point important, puisque les produits que l’on retrouve en pharmacie en Amérique du Nord n’ont possiblement pas ce degré de pureté. En Europe, le sulfate de chondroïtine est considéré comme un médicament. Il est délivré sur ordonnance et réglementé par L’agence du médicament tant sur le plan de la fabrication que de sa distribution. En Amérique du Nord, il est plutôt considéré comme un produit « naturel ». Il n’y a donc pas ce niveau de surveillance de la qualité que l’on accorde aux médicaments. »

 

      « Par rapport au groupe placebo, on a pu observer une réduction d’environ 75% de l’usure du cartilage avec le SC après six mois de traitement. Le groupe placebo a été mis sous SC après six mois, alors que le groupe sous chondroïtine a poursuivi le même traitement pour la même période de temps. Dans cette dernière partie de l’étude, on a ainsi pu observer, chez les patients du groupe placebo traités maintenant par SC, une diminution de la progression de la maladie. Ceux qui étaient déjà sous traitement par SC durant les six premiers mois ont continué et ils ont eux aussi bénéficié de cette protection offerte par la chondroïtine. Donc, une double confirmation. »

 

      « On a également pu constater que les patients sous SC présentaient une diminution de l’inflammation synoviale. Le Dr Pelletier précise ici que l’inflammation synoviale est un facteur de risque de gravité de la maladie. Un genou enflé et douloureux va se détériorer plus rapidement. »

 

      « Par ailleurs, poursuit le Dr Pelletier, l’IRM nous a permis de déterminer une association entre les sites de protection du cartilage et des lésions osseuses de l’s sous-chondral, immédiatement sous-jacent au cartilage. Il y aurait donc une double action pour expliquer la protection offerte par le SC, tant au niveau du cartilage que de l’os sous-chondral. »

 

      « Cela dit, aucune différence entre les deux plan des symptômes. Or, on aurait pu s’attendre à une amélioration des symptômes dans le groupe de patients traités par SC. Outre la faible taille de l’échantillon, l’explication repose en partie sur le fait que, dans cette étude à long terme, bon nombre de patients ont reçu de façon concomitante des AINS et de l’acétaminophène ; ce qui vient brouiller les cartes. On ne peut alors véritablement apprécier les effets d’un médicament sur les symptômes. »

 

      En terminant, le Dr Pelletier mentionne de début imminent d’une nouvelle étude plus importante d’une durée de deux ans. G.C.

LA SULFATE DE CHONDROITINE DANS LE TRAITEMENT DE L'ARTHROSE DU GENOU