LE GENOU : DE L’ÉVALUATION À LA RÉADAPTATION

LE GENOU PRÉSENTANT UNE LÉSION TRAUMATIQUE AIGUË

Source : François Marquis et Patrice Pépin

Le Médecin du Québec, volume 38, numéro 7, juillet 2003

Pages 27 à 36

 

Un jeune joueur de football vous consulte le jour même où il s’est fait une blessure au genou, au début de la saison. Il s’est « déboîté » le genou en contournant un joueur adverse. Le genou lui fait mal, il semble gonflé, et le jeune patient a de la difficulté à marcher. S’agit-il d’une entorse ou d’une déchirure? Quelle est la structure endommagée et la gravité de l’atteinte? Quelle sera votre conduite? La saison est-elle compromise?

 

Voici une situation qu’on peut rencontrer à l’urgence, au cabinet ou dans une clinique sans rendez-vous. Pour le prendre en charge, il faudra arriver à bien comprendre la blessure en se basant sur des critères bien définis, à bien la traiter et à bien répondre aux questions du patient. Dans notre société, où le sport prend une place prépondérante et où la performance est un enjeu incontournable, l’entorse du genou fait partie des diagnostics fréquents tant en médecine du sport que dans le domaine des accidents professionnels. Le médecin devra donc élaborer un plan d’action lui permettant de bien évaluer les lésions, dedistinguer les entorses bénignes des entorses graves et de prendre les mesures qui s’imposent pour amorcer le traitement adéquat et pour assurer une guérison avec le moins de séquelles possibles.

 

Les entorses du genou regroupent les distensions et les ruptures des ligaments, altérants, altérant de ce fait la stabilité de l’articulation. On doit se rappeler que le genou comporte des surfaces articulaires peu congruentes et qu’il dépend d’un système passif de stabilité (le système capsulo-ligamentaire et méniscal), complété par un système actif de stabilité (les muscles péri-articulaires) auquel il faudra accorder une importance toute particulière lorsque viendra le temps de la réadaptation.

 

L’entorse bénigne correspond à une distension simple (étirement) des structures capsulo-ligamentaires, alors que l’entorse grave entraîne plutôt leur rupture, accompagnée même d’une atteinte des structures intra-compartimentales (ménisques, ligaments croisés).

 

Rappel anatomique

 

La connaissance de l’anatomie incluant celle des fonctions des différentes structures est un élément important dans la compréhension du problème des entorses du genou, permettant une bonne interprétation de l’événement traumatique ainsi qu’une bonne évaluation lors de l’examen physique. La stabilité capsulo-ligamentaire est assurée par les structures extra-articulaires interne et externe et par les structures intra-articulaires, qui jouent le rôle d’un pivot central. Les structures méniscales contribuent en grande partie, à leur façon, à la stabilité[1].

 

Le plan interne est composé de la capsule articulaire renforcée par le ligament collatéral interne (LCI), aussi appelé ligament collatéral médian. Ce dernier se divise en des faisceaux profonds et superficiels, selon leur anatomie respective, et assure une stabilité en valgus. Le plan externe est formé par le ligament collatéral externe (LCE), qui s’insère du fémur à la tête du péroné, et par la capsule latérale. Le coin capsulaire postéro-latéral est d’ailleurs probablement la structure la plus importante, qui empêche les mouvements en varus tout en assurant la stabilité rotatoire du tibia par rapport au fémur[2].

 

Le pivot central est maintenu par deux ligaments intra-articulaires qui s’étendent du tibia au fémur. Le ligament croisé antérieur (LCA) s’insère de la surface pré spinale du tibia jusqu’à la face interne du condyle fémoral externe. Il limite le glissement antérieur du tibia. Le ligament croisé postérieur (LCP), quant à lui, s’étend de la face latérale du condyle fémoral interne jusqu’au rebord postérial du plateau tibial. Il empêche le tibia de reculer vers l’arrière par rapport au fémur. Les deux ligaments croisés assurent en grande partie la stabilité rotatoire du genou, et ce, conjointement avec les coins capsulaires postéro-interne et postéro-externe2.

 

Les ménisques interne et externe sont des structures fibro-cartilagineuses ayant pour rôle principal d’atténuer la pression qui s’exerce sur le cartilage articulaire[3]. Ils ont aussi des propriétés de stabilisation, et participent par leurs légers mouvements à la lubrification articulaire. Le ménisque interne, plus fermement attaché sur la capsule interne que le ménisque externe, est davantage prédisposé aux déchirures.

 

Évaluation clinique

 

La démarche clinique devrait toujours se faire de façon systématique afin de permettre le bon diagnostic, d’établir le bon traitement et surtout de déterminer le moment où il est propice d’adresser le patient à un spécialiste[4]. Un questionnaire détaillé et un examen physique minutieux permettront habituellement de poser un diagnostic. Par la suite, une investigation complémentaire pourrait s’avérer nécessaire lorsque l’évaluation clinique n’est pas concluante.

 

Le questionnaire

 

Avant même de toucher au patient, certains éléments du questionnaire pourront nous orienter d’emblée vers le diagnostic approprié.

 

D’autres éléments du questionnaire nous seront également essentiels. En effet, l’intensité du traumatisme, le degré immédiat d’invalidité, la présence d’un bruit intra-articulaire (craquement audible « pop ») et le gonflement rapide de l’articulation sont en général des indices de gravité (tableau 1). Dans ces cas, on doit suspecter une lésion intra-articulaire, osseuse ou ligamentaire. Une sensation d’instabilité lors de la blessure ou peu après le traumatisme peut traduire une perte des capacités ligamentaires mais, parfois, elle peut aussi être secondaire d’une inhibition réflexe des muscles due à la douleur. Par contre, la douleur elle-même n’est pas nécessairement un indice de gravité.

 

Le mécanisme qui entre en jeu au moment où la blessure se produit est le premier élément qu’il nous faut connaître. La position du genou lors de la blessure, le mécanisme indirect en torsion, la position du pied au sol, la présence ou l’absence d’un contact sur la jambe seront des éléments qu’il faut nécessairement vérifier pendant l’anamnèse. Une bonne connaissance des gestes qui caractérisent les types d’activités physiques peut être un atout qui aidera le clinicien à orienter son diagnostic!!! Ainsi, en comprenant le mécanisme de la blessure, le clinicien peut déjà se figurer les structures qui ont été touchées (tableau 2).

 

Afin de bien remplir le questionnaire, il est important de s’informer des antécédents de traumatisme du genou blessé. On pourrait ainsi vérifier si une laxité préexistante, prédisposant à de nouvelles blessures, peut expliquer certaines anomalies décelées à l’examen.

 

L’examen physique

 

Il s’agit probablement de l’étape la plus importante de l’évaluation du genou blessé et, bien souvent, celle qui donne la clé du diagnostic. L’examen du genou, pratiqué dans les 24 à 48 premières heures qui suivent l’accident, nous permettra de constater la présence ou l’absence d’un gonflement, d’une ecchymose et, surtout, d’un déficit ligamentaire. Il faut oser toucher et tester le genou avant de proposer toute forme d’investigation ou de traitement! L’examen du genou devrait se faire de façon rigoureuse en suivant des étapes précises.

 

L’inspection

 

L’observation d’une déformation, d’un gonflement ou d’une ecchymose peut nous renseigner sur la gravité de la blessure. Un gonflement survenant rapidement après la blessure orientera habituellement notre diagnostic vers une hémarthrose traumatique. Par la suite, il faudra vérifier si le patient peut ou non utiliser son quadriceps, ce qui nous renseignera sur l’intégrité de l’appareil extenseur. C’est à cette étape que nous devrons aussi vérifier la mobilisation du genou. Des limitations en extension (flexum) nous permettront d’envisager un blocage mécanique (ménisque) ou antalgique, si le genou est très gonflé.

 

La palpation

 

Si le genou n’est pas grossièrement gonflé, la recherche d’un flot ou d’un choc rotulien (glaçon) permettra de déceler la présence d’un épanchement intra-articulaire. La palpation du genou se fera ensuite en suivant les structures anatomiques. On examinera le trajet et les insertions ligamentaires interne et externe, afin de retrouver un point douloureux spécifique. La présence de points douloureux aux interlignes articulaires interne et externe peut traduire une lésion méniscale ou une lésion capsulaire profonde. Il est toujours recommandé de vérifier les structures de l’appareil extenseur (tendon du quadriceps, tendon patellaire et rotule) afin d’éliminer une atteinte de ces structures ou encore une luxation ou une subluxation rotulienne.

 

L’évaluation des ligaments

 

Bien que souvent difficile, la recherche de laxité est le point déterminant de l’évaluation du genou blessé. Il faut toujours comparer le genou atteint avec le genou sain pour ne pas confondre ce genre de laxité avec une laxité physiologique, fréquente chez beaucoup de jeunes et de femmes athlètes. L’utilisation d’une technique adéquate et douce chez un patient détendu peut nous donner de très bons indices sur l’état des ligaments. La recherche d’un « arrêt ferme » ou d’un « arrêt mou » lors de la mise en tension spécifique des différents ligaments nous permet de déterminer la gravité de toute lésion ligamentaire (tableau 3).

 

Dans le plan frontal, les stress en valgus et en varus mettent en jeu les ligaments collatéraux interne et externe, respectivement. Un bâillement de l’articulation traduit une laxité anormale. Il est important de distinguer l’instabilité lorsque le genou est en extension complète de celle qui se produit lorsque le genou est en flexion. Lorsque le genou est en extension complète, l’articulation est verrouillée par les condyles fémoraux et par des ligaments collatéraux et des structures intra-articulaires.

 

Si les structures intra-articulaires sont détendues en flexion entre 20º et 30º, l’examen des ligaments collatéraux devient plus spécifique. Une laxité en valgus avec le gnou en flexion à 30º, alors qu’il est stable en extension, témoigne d’une lésion du LCI sans atteinte secondaire. Une instabilité en valgus avec le genou en extension évoque fortement une atteinte du LCA, associée à la déchirure du LCI. Ce type de lésion combinée illustre la nécessité de vérifier la stabilité du genou dans différentes positions (tableau 4).

 

Dans le plan sagittal, l’examen du genou nous indiquera les instabilités antéro-postérieures et (ou) rotatoires. Les lésions isolées des ligaments centraux (croisés) ou les atteintes ligamentaires complexes (ligaments centraux (croisés) ou les atteintes ligamentaires complexes (ligaments périphériques et centraux) peuvent engendrer différentes formes d’instabilités mixtes nécessitant une évaluation détaillée.

 

La laxité antéro-postérieure avec le genou à 30º de flexion (test de Lachman) est un signe important et souvent pathognomonique d’une déchirure du LCA. La présence d’un « arrêt mou » en comparaison à un « arrêt ferme » sur un genou normal nous permet de diagnostiquer presque à coup sûr une atteinte du LCA. Le test du tiroir antérieur à 90º de flexion peut être négatif lors d’une atteinte isolée du LCA, si les plans capsulaires périphériques sont intact.

 

Investigation complémentaire

 

Le diagnostic d’une entorse du genou est avant tout clinique. L’anamnèse et l’examen clinique devraient nous permettre d’avoir une bonne idée du type de blessure et de la gravité de la lésion (tableau 5). Les examens complémentaires ont peu de place dans la démarche diagnostique. Certains examens par imagerie sont importants dans l’évaluation d’un traumatisme du genou, d’autres devraient être utilisés de façon judicieuse pour investiguer certaines lésions associées ou pour déceler certaines indications chirurgicales.

 

La radiographie standard doit faire partie de l’évaluation initiale, dès que des éléments de gravité sont présents. Une hémarthrose du genou dicte la prise de clichés standard antéropostérieurs, latéraux, et sous-roluliens, si possible. Cet examen nous permet d’éliminer toute forme de fracture intra-articulaire, d’arrachements osseux ou de fracture ostéochondrale avec fragments libres. La visualisation des plaques épiphysaires est importante; par exemple, un arrachement osseux au plateau tibial externe (fracture de Segon) témoigne presque toujours d’une déchirure du LCA.

 

On surestime le rôle de l’imagerie par résonance magnétique (IRM) et, parfois, elle est surutilisée dans l’évaluation des entorses du genou. En général, cet examen ne fait que confirmer le diagnostic posé grâce à une évaluation clinique approprié. L’IRM peut parfois apporter des précisions sur les lésions associées à une déchirure ligamentaire. Dans certains cas précis, cet examen permet d’élaborer un plan d’action plus rapide. Le manque d’accessibilité à cet examen, le long temps d’attente, le coût élevé et l’interprétation difficile ne modifient pas l’approche initiale dans le traitement de l’entorse de genou. Cet examen devrait être réservé à une entorse qui évolue mal. Il pourrait également être utile pour décider si une intervention chirurgicale est ou non nécessaire.

 

La scintigraphie osseuse ou articulaire et l’arthrographie du genou ne sont pas des examens utiles dans l’investigation des entorses du genou.

 

Une hémarthrose est en général facile à diagnostiquer si on connaît les antécédents du traumatisme et si le genou gonfle rapidement. La ponction, uniquement dans le but de confirmer ce diagnostic, est doncpeut utile. La ponction articulaire de l’hémarthrose peut faire diminuer la douleur, si le genou est gonflé sous tension, mais dans ces circonstances, les risques d’infection ne sont pas négligeables.

 

Traitement

 

Le traitement des entorses du genou sera évidemment basé sur le diagnostic le plus précis possible. Le pronostic d’une blessure du genou doit être envisagé avec réalisme. La conduite « Velpeau (bandage élastique) / béquilles », avec l’idée que « dans une semaine, tout ira bien » donne rarement de bons résultats, et entraîne souvent des consultations supplémentaires. Un traitement complet des entorses du genou doit se poursuivre jusqu’à la cicatrisation des lésions ligamentaires, suivie d’une période très souvent nécessaire de réadaptation[5]. Il faut prévoir une immobilisation plus ou moins longue qui permettra de diminuer le processus inflammatoires post-traumatique et d’obtenir une guérison optimale et anatomiquement adéquate. Une réparation chirurgicale peut parfois s’avérer nécessaire, selon le type de blessure et les besoins du patient. En cas de doute concernant le diagnostic clinique ou la gravité de la lésion, il ne faut pas hésiter à consulter un orthopédiste qui aidera à prendre une décision finale quant au traitement.

 

Ligament collatéral interne (grade 1)

 

Un étirement ligamentaire sans bris macroscopique de structure peut s’accompagner d’une douleur localisée sur le ligament et d’un gonflement articulaire secondaire d’une synovite post-traumatique. La première étape du traitement sera de diminuer le gonflement et la douleur. Une immobilisation temporaire de 7 à 10 jours avec une attelle simple en extension sera le traitement de choix, en fonction de la douleur et du gonflement. L’usage de béquilles pourra être parfois avantageux. Lorsque le genou sera désenflé et que la douleur sera soulagée, le patient pourra reprendre ses activités normales.

 

Ligament collatéral interne (grade 2)

 

Cette déchirure partielle s’accompagnera d’une laxité interne et le genou devra être immobilisé pendant plus longtemps (de trois à quatre semaines). Une attelle simple, mais de préférence articulée, favorisera la cicatrisation des ligaments. Un programme de renforcement et de mobilisation progressive permettra d’éviter une perte trop importante de tonus et d’amplitude articulaire[6].

 

Ligament collatéral interne (grade 3)

 

En cas de bris de l’intégrité structurale du ligament, ce dernier perdra son rôle de stabilisateur. Il est de ce fait essentiel d’assurer une immobilisation initiale, non seulement pour diminuer la douleur et le gonflement, mais également pour favoriser la cicatrisation du ligament blessé. En effet, compte tenu de l’anatomie du genou, la tension sur le LCI est maximale lorsqu’il se trouve en extension complète et en extension, est actuellement la méthode la plus intéressante utilisée dans le traitement des blessures ligamentaires périphériques[7]. Elle se fait à l’aide d’orthèses articulées, appelées orthèses de réadaptation. Cette technique permet de choisir les positions du genou protégeant le ligament tout en évitant l’ankylose de l’articulation et une trop grande atrophie musculaire du membre. Le plâtre et l’attelle en extension sont des techniques d’immobilisation moins intéressantes, particulièrement si l’on vise le retour rapide aux activités habituelles. Différentes approches « protocolaires » peuvent être utilisées (tableau 6). Une immobilisation initiale plus importante, suivie d’une augmentation graduelle de l’amplitude articulaire, de deux à trois semaines plus tard, permettra d’accélérer le processus de réadaptation.

 

Durant la phase de cicatrisation, il faut éviter de « stresser » le ligament par des examens répétés. L’évaluation initiale devient donc primordiale, puisqu’elle permet de bien orienter le traitement, sans que des examens répétés soient nécessaires. À la fin de l’immobilisation, lorsque le ligament retrouve ses propriétés fonctionnelles, on peut démarrer un programme de réadaptation active, bien supervisé.

 

Ligament croisé antérieur

 

Le diagnostic d’une atteinte du LCA est basé sur l’anamnèse, qui donne des indices quant à la gravité de la blessure, et sur l’examen physique qui permettra de dépister une instabilité typique du LCA. Le repos avec immobilisation temporaire est essentiel en vue de diminuer rapidement le gonflement. Une réadaptation précoce permettra le rétablissement des fonctions. Une blessure du LCA qui est une structure faiblement vascularisée ne pourra jamais se cicatriser tout à fait. Il est fort probable, dans ces cas, que le patient garde des séquelles et une instabilité. Une consultation en orthopédie peut permettre de vérifier si une chirurgie peut contrecarrer les effets secondaires d’une instabilité chronique du LCA.

 

Ligament croisé postérieur

 

Le recul du tibia par rapport au fémur fait partie des séquelles d’une déchirure du LCP. Le traitement est en général conservateur, sauf si une déchirure importante de la capsule postérieure nécessite une réparation chirurgicale. Le patient se plaindra rarement d’une instabilité du genou mais signalera plutôt une douleur patello-fémorale. Les reconstructions du LCP demeurent une technique dont les résultats sont imprévisibles. La chirurgie est plus rarement indiquée en présence de ce type de pathologie. Par ailleurs, les genouillères n’ont pas vraiment de place dans le traitement de ce type de blessure.

 

Atteintes méniscales

 

Lorsqu’une entorse sévère évolue de façon anormale, avec persistance d’une douleur à l’interligne, tout porte à croire qu’il s’agit d’une lésion méniscale. Un phénomène de blocage, parfois associé à un gonflement intermittent, incitera le médecin à poser ce diagnostic. En cas d’évolution défavorable, une consultation en orthopédie doit être envisagée7.

 

La réadaptation lors d’une entorse du genou

 

Une fois la nature de la lésion identifiée, il faut chercher à éviter le plus possible les complications en travaillant sur la résorption de l’œdème, sur l’amplitude du mouvement articulaire, sur le renforcement musculaire et sur l’aspect proprioceptif du genou blessé, de façon à en préserver la fonction (tableau 7).

 

L’œdème devra être rapidement maîtrisé[8]. La compression assurée par un anneau de mousse (qu’on peut découper dans un tapis de camping bleu) entourant la rotule et par un bandage élastique en favorisera la résorption. Des applications de glace pendant 15 minutes au maximum, toutes les heures possible, et le maintien du membre atteint en élévation afin de favoriser un drainage adéquat par les systèmes veineux et lymphatique permettront d’éviter que l’œdème n’entraîne l’inhibition de la musculature environnante et, en particulier, du vaste externe. Si le gonflement persiste, on peut appliquer de la glace pendant plus de 48 heures.

 

Par la suite, il faudra mobiliser ce genou afin d’éviter l’ankylose. On préconise des mouvements de flexion et d’extension en position assise, le plus rapidement possible, compte tenu du diagnostic posé. C’est ainsi que dans le cas d’une atteinte du LCA et (ou) du LCP, le patient devra bouger aussi longtemps que l’amplitude du mouvement ne provoque pas de douleurs, de façon à récupérer graduellement une amplitude articulaire normale. Lors d’une atteinte du LCI et (ou) du LCE, l’immobilisation dans des angles spécifiques limitera les mouvements de flexion et d’extension. Cependant, une fois la période de restriction de mouvement passée, le patient devra travailler pour reprendre la pleine amplitude articulaire le plus rapidement possible, sans que les mouvements soient douloureux.

 

Quand au tonus des muscles entourant le genou, on pourra amorcer les exercices isométriques du quadriceps et des ischio-jambiers assez rapidement, tout en tenant compte des mouvements à éviter. L’exercice isométrique de contraction du quadriceps en extension à 0° agit plus efficacement sur le vaste interne, qui joue un rôle très important dans le contrôle rotulien, que l’élévation en extension (straight leg raising [SLR]) classique. Il faut également favoriser les exercices isotoniques de la hanche, même si le patient porte une attelle. Il faut se rappeler que les exercices d’équilibre en position statique debout favorisent une bonne proprioception et qu’ils ne sont pas dangereux pour les ligaments atteints.

 

Il faut ensuite envisager le rétablissement de la fonction dans les meilleures conditions possibles. C’est ainsi qu’on privilégiera l’utilisation de béquilles qui aideront à démarrer la mise en charge de façon adéquate. Combien de fois avons-nous vu marcher sur la pointe du pied un patient qui n’utilisait pas d’accessoires de marché? Il faut se rappeler que la frappe du talon au sol est la première étape du patron de marche. Il sera donc plus facile de pratiquer la marche avec des béquilles au début, et de passer par la suite à l’utilisation de la canne (qui se porte du côté opposé au membre atteint, pour des questions de biomécanique), pour finalement abandonner tous les accessoires et se sentir ainsi plus libre et plus fonctionnel…

 

 

 

 

Tableaux

 

Tableau 1

Traumatisme du genou : indices de gravité

 

· Arrêt immédiat de l’activité

· Audition d’un bruit intra-articulaire

· Gonflement rapide

· Impression d’instabilité

 

Tableau 2

Atteinte ligamentaire à soupçonner en fonction du mécanisme qui entre en jeu au moment où la blessure se produit

Traumatisme en valgus

Atteinte du LCI

Traumatisme en varus

Atteinte du LCE et de la capsule latérale

Élément de rotation (fréquemment associé)

Atteinte capsulaire postéro-interne ou postéro-externe et atteinte du LCA ou du LCP

Hypertension

Atteinte du LCA, parfois du LCP

Coup direct sur la face antérieure du tibia

Atteinte du LCP et parfois de la capsule postérieure

 

Tableau 3

Critères de gravité des atteintes ligamentaires

Grade 1

Absence de laxité, « arrêt ferme »

Grade 2

Laxité, « arrêt ferme »

Grade 3

Laxité, « arrêt mou »

 

Tableau 4

Caractéristiques des tests de mise en tension ligamentaire en fonction des types de lésion ligamentaire

Ligament atteint

Test principal

Test associé

LCI

Laxité en valgus à 30º de flexion

Aucun

LCE

Laxité en varus à 30º de flexion

Aucun

LCA

Tiroir antérieur à de flexion (Lachman)

Ressaut antéro-latéral (RAL)

LCP

Tiroir postérieur à 90º de flexion

Recul tibial à 90º

LCI / LCA

Laxité en valgus à 0º de flexion

Tiroir antérieur à 90º de flexion

Tiroir antérieur à 0º

Laxité en valgus à 30º de flexion

 

Tableau 5

Diagnostic différentiel des entorses du genou

  • Atteinte osseuse (fracture)
  • Luxation ou subluxation de la rotule
  • Déchirure méniscale
  • Atteinte ligamentaire simple ou multiple, partielle ou totale

 

BOÎTE À OUTILS

Le genou présentant une lésion traumatique aiguë

Entorse du genou

Distension ou déchirure ligamentaire ou méniscale

Luxation de la rotule

Anamèse

· Mécanisme de production

· Antécédents

· Indices de gravité

Investigation complémentaire

Radiographies (standard)

Examen par résonance magnétique, s’il est justifié

Examen physique

Inspection : déformation

gonflement

palpation : choc rotulien vs flot

structures anatomiques

appareil extenseur

Évaluation ligamentaire :

· Plan frontal : extension

flexion

· Plan sagittal : tiroir

Lachman

Traitement

Grade 1 :

· Repos jusqu’à la disparition de la douleur

® 7-10 jours

 

Grades 2 et 3 :

· Immobilisation

· Cicatrisation ligamentaire

· Réadaptation (physiothérapie)

® 6-12 semaines

Diagnostic différentiel

· Atteinte osseuse (fracture)

· Luxation de la rotule (subluxation)

· Déchirure méniscale

· Atteinte ligamentaire simple ou multiple… partielle ou totale (LLI, LCA, LCP)

La réadaptation

Maîtrise de l’œdème

· Appliquer une compression à l’aide d’un bandage mousse et d’un bandage élastique (il est important de ne pas appliquer le bandage élastique plus haut sur la cuisse que celui en mousse).

Amplitude articulaire

· Retrouver la flexion et l’extension complètes, selon les indications.

Proprioception

· Favoriser l’aspect neuromusculaire par des exercices de mise en charge unipodale sur le membre inférieur blessé.

Renforcement musculaire

· Privilégier les exercices de contraction isométrique du quadriceps et des adducteurs à 0º d’extension (a). Cet exercice est plus efficace que l’élévation en extension classique (b), car il engage davantage le vaste interne, très important dans le contrôle rotulien.

 

Tableau 6

Protocole d’immobilisation avec reprise graduelle du mouvement en présence d’une lésion du LCI de grade 3

Flexion de 30º à 60º

Usage de béquilles pendant 2 à 3 semaines, pas de mise en charge

Flexion de 10º à 90º durant 15 jours

Exercices du quadriceps dès le début de la mise en charge avec soutien

Flexion de 0º à 120º durant 15 jours

 

 

 

Tableau 7

Objectifs de la réadaptation

· Maîtriser l’œdème

· Conserver une bonne amplitude articulaire

· Préserver une bonne musculature et une bonne proprioception

 

 

[1] Nicolas JA, Hershman EB. The Lower Extremity and Spine The Knee. CV Mosby Co. 1986; Vol.1, Section 3

[2] Larson, Grana. The Knee, Form, Function, Pathology and Treatment. Crofts 1976

[3] Gray JC. Neural and vascular anatomy of menisci of human knee. J Orthop Sports PhysTherap 1999; 29(1): 23-30.

[4] Hoppenfeld S. Physician Examination of the Spine and Extremity, Appleton Century Crofts 1976.

[5] American Academy of Orthopaedic Surgeons. Orthopaedic Knowledge Update Sports Medicine 2, 1999; chap 28-31.

[6] Reider B, Sathy MR, Talkington J, Blyznak N, Kollias S. Treatment of isolated medical collateral ligament injuries in athletes with early functional rehabilitation. A five-year follow-up study. Am J Sports Med juillet-août 1994; 22(4): 470-7

[7] Barber FA Accelerated rehabilitation for meniscus repairs. Arthroscopy. 1994; 10(2); 206-10.

[8] Jensenk, Graf BK. The effects of knee effusion on quadriceps stength and knee intra-articular pressure. Arthroscopy. 1993; 9(1): 52-6.

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